INFOLETTRE 11 FÉVRIER 2017-Verrons-nous un jour la fin des cocottes dans nos plantations?

Verrons-nous un jour la fin des cocottes dans nos plantations?

 

Par André Pettigrew, agr. consultant

 

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Il y a une dizaine d’années, j’avais rédigé un article sur ce sujet, malheureusement la présence des cônes chez les sapins Fraser comme arbres de Noël ne s’est pas corrigée, elle demeure toujours une préoccupation importante et coûteuse. Dans les prochaines lignes, je résumerai quelques faits et certaines recherches des dernières années afin d’éradiquer ce problème.

 

Normalement, un arbre juvénile de moins de 15 ans se trouvant dans son milieu naturel ne fait pas ou très peu de cocottes. C’est ce qui explique que la fréquence des cocottes est faible chez les jeunes sapins baumier. Comme c’est le cas de la présence de cocottes des sapins Fraser dans son milieu en Caroline du Nord.

 

Les problèmes d’excès des cocottes arrivent lorsque nous plantons plus au nord soit dans les États américains des Grands Lacs, en Ontario et bien sûr au Québec. En fait à ces endroits, le sapin Fraser n’est pas dans son milieu naturel, il réagit à un ou des stress, en démarrant son système de reproduction (cônes) malgré son jeune âge. La formation des cônes débute l’année précédant leur apparition. C’est à l’été, lors de la formation des bourgeons à la fin de l’élongation de la pousse que tout se joue. Selon l’intensité de stress que subiront les arbres durant cette période, certains bourgeons deviendront des bourgeons de reproduction. Malheureusement, la différenciation entre les bourgeons de croissance et de reproduction est difficilement observable durant cette période d’où l’inconnue sur la quantité de cônes qui sera présente le printemps suivant.

 

Une ou plusieurs causes?

 

Le processus de stress qui enclenche la formation des cocottes est étudié depuis près de 20 ans,  principalement par des chercheurs du Michigan. Plusieurs hypothèses ont été émises, mentionnons les excès de pluviométrie, la sécheresse, une fertilisation trop riche en azote. Avec le temps, la pluviométrie et la fertilisation en azote n’arrivent plus dans les causes premières. Il y a quelques années, une recherche a démontré qu’une teneur en matière organique et en argile du sol était inversement corrélée avec le nombre de cocottes et lorsque les températures sont chaudes la nuit et que les sols sont  secs on avait un effet contraire soit l’augmentation du nombre de cônes. Que conclure, qu’elle est la constante de ces résultats? Surtout ne plantez pas vos sapins Fraser dans un sol argileux et humide! Certes vous aurez moins de cocottes mais vous n’aurez également plus d’arbres! Le sapin Fraser ne pousse pas dans un sol argileux, sa croissance optimum demeure dans des sols naturellement très bien drainés.

 

Il est reconnu qu’un sol humide et argileux prend plus de temps à se réchauffer le printemps qu’un sol sec. Une publication récente (octobre 2016), nous donne possiblement la réponse et la concordance recherchée avec les faits que je viens de mentionner, c’est la température du sol. Pendant deux ans, un chercheur a appliqué un paillis afin de diminuer la température du sol. En 2014 avec une réduction de 4,8°C de la température du sol cela a permis de réduire de 51 % le nombre de cônes. Par contre, il souligne que l’année suivante, le début de l’été fût plus froid et l’application d’un paillis afin de diminuer la température n’a eu aucun effet sur le nombre de cônes. Certes il reste du travail à faire, une diminution de 51 % des cocottes atténue la tâche mais ne règle pas le problème, mais nous avons un indice qu’il ne faudrait pas négliger.

 

En attendant!

 

Depuis quelques années, un chercheur de la Caroline du Nord étudie différents produits afin d’éliminer les cônes. En 2015 certaines huiles organiques semblent avoir démontré une efficacité variant de plus de 70 % à 90 % sur le contrôle des cônes. Il mentionne que certains produits ont provoqué une légère brûlure d’aiguilles. Malheureusement, nous ignorons la méthodologie d’application,  l faudra attendre la publication finale du rapport afin d’en savoir un peu plus.

 

À ce moment-ci ne serait-il pas approprié de créer un réseau d’observation au champ pendant quelques années afin de vérifier si l’hypothèse de la réduction de la chaleur dans le sol est appropriée pour le Québec? Et pourquoi pas avec un tel réseau vérifier si la formation de cônes excessive ne serait pas multifactorielle comme certains le suggèrent. En attendant des réponses, comme pansement de secours on peut toujours appliquer une couverture végétale entre les rangs, c’est bon contre l’érosion, la microflore du sol, l’environnement mais aussi pour la réduction de la température du sol.

 

Au Québec

 

Avec l’aide financière du MAPAQ, l’APANQ parraine actuellement un projet réparti sur deux ans afin d’atténuer ce fléau. La recherche est sous la responsabilité de l’Institut québécois du développement de l’horticulture ornementale (IQDHO). Deux avenues sont étudiées, soit l’arrêt de croissance des bourgeons lors de la formation des bourgeons floraux à la première année ou la destruction des bourgeons floraux au début du printemps de la seconde année. Lors d’une infolettre ultérieure, l’APANQ vous tiendra au courant du déroulement du projet.

 

Liens avec le sujet

 

Allez, ouste, les cocottes!

https://www.agrireseau.net/horticulture-arbresdenoel/documents/69691/ouste-les-cocottes

 

Using irrigation and mulch to control cone production in Fraser Fir (Abies fraseri)

http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02827581.2016.1242772

 

Precocious Cone Production in Fraser Fir

https://www.researchgate.net/publication/252808263_Precocious_Cone_Production_in_Fraser_Fir